Ce producteur de pommes d’Indre-et-Loire prend la tête d’une association nationale

Une exploitation familiale, un village d’Indre-et-Loire, et soudain, une responsabilité nationale. Avec l’élection de Thierry Moisy à la tête de l’Association Nationale Pommes Poires, c’est toute une filière qui espère reprendre son souffle. Pourquoi ce changement compte-t-il autant pour les producteurs… et pour vous, consommateur ou consommatrice de pommes au quotidien ?

Qui est Thierry Moisy, ce producteur qui monte en première ligne ?

À Saint-Paterne-Racan, au nord de l’Indre-et-Loire, le nom de Thierry Moisy n’est pas inconnu. Producteur de pommes et de poires, il travaille une dizaine d’hectares de vergers au milieu de grandes cultures. Un pied bien ancré dans la terre, l’autre dans la vie publique, puisqu’il est aussi conseiller municipal de sa commune.

Âgé de 47 ans, marié et père de deux enfants, il incarne ce profil d’agriculteur engagé qui ne se contente pas de produire. Depuis deux ans, il préside déjà l’Organisation de Producteurs Renaissance. Désormais, il franchit une nouvelle étape en prenant la présidence de l’ANPP, l’association de référence pour les pommes et poires françaises.

Des vergers tourangeaux à la présidence nationale

Sur ses terres de Saint-Paterne-Racan, Thierry Moisy cultive plusieurs variétés que vous croisez sans doute chaque semaine sur les étals. Des pommes Golden, Gala, Pink Lady, Chantecler, mais aussi Choupette ou Zingy, et des poires comme la Conférence. Autant de fruits qui demandent du temps, de la précision et un vrai savoir-faire.

En prenant la tête de l’ANPP, il passe d’un rôle local à une fonction nationale. Il ne s’agit plus seulement de gérer son exploitation, mais de défendre l’ensemble de la filière pommes-poires, dans un contexte qu’il décrit lui-même comme « une croisée des chemins » pour les producteurs.

Qu’est-ce que l’ANPP et pourquoi son rôle est crucial ?

L’Association Nationale Pommes Poires (ANPP), c’est un peu la grande maison commune des producteurs français de pommes et de poires. Elle regroupe environ 300 adhérents. Derrière ce chiffre se cachent près de 1 400 producteurs au sein d’organisations de producteurs, mais aussi des producteurs indépendants, des expéditeurs et des centres d’expérimentation.

En volume, cela représente chaque année environ 1 000 000 tonnes de pommes et 50 000 tonnes de poires. Autrement dit, une part majeure des fruits que vous trouvez sur les marchés, en grande surface ou en circuit court. Quand l’ANPP parle, c’est toute une filière économique, sociale et environnementale qui s’exprime.

Un passage de témoin après 16 ans de présidence

Avant l’arrivée de Thierry Moisy, l’ANPP était présidée depuis 16 ans par Daniel Sauvaitre. Une longévité rare, signe d’un engagement fort. Celui-ci ne quitte pas vraiment la scène, puisqu’il est aujourd’hui président d’Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais en France, et reste membre du bureau de l’ANPP.

Ce passage de relais incarne un renouvellement dans la continuité. Un nouveau visage, une nouvelle énergie, mais une même ligne directrice : défendre les producteurs, leur revenu, et la place des fruits français dans l’alimentation quotidienne.

Une filière sous pression : les défis qui attendent le nouveau président

Derrière la belle image du verger en fleurs, la réalité économique est bien plus tendue. Les exploitations de pommes et poires ont vu leur rentabilité sérieusement fragilisée ces dernières années. Coût de l’énergie, main-d’œuvre, investissements techniques, concurrence étrangère… la liste est longue.

Thierry Moisy le rappelle : pour beaucoup de producteurs, la question n’est plus de gagner correctement leur vie, mais tout simplement de réussir à tenir. Sa priorité affichée est claire : la durabilité économique des fermes arboricoles et la défense de leurs moyens de production.

Résister à la guerre des prix et défendre les moyens de production

Parmi les grands chantiers, il y a d’abord la pression sur les prix. Quand la grande distribution pousse toujours plus bas, c’est le revenu des producteurs qui s’effondre. L’ANPP veut peser pour que le prix payé reflète vraiment le travail fourni et la qualité du fruit.

Autre enjeu : les moyens de production. Les arboriculteurs français doivent souvent respecter des règles plus strictes que leurs concurrents étrangers. C’est une bonne chose pour l’environnement et la santé, mais cela ne doit pas les mettre en difficulté. L’association veut défendre des conditions équitables, pour que les producteurs français disposent d’outils comparables à ceux de leurs voisins, tout en continuant à progresser vers des pratiques plus vertueuses.

Redonner envie de croquer des pommes et des poires françaises

La bataille se joue aussi dans votre panier. La consommation de fruits a tendance à stagner, voire reculer. Or, produire autrement ne sert à rien si les fruits restent sur les étals. Thierry Moisy affirme vouloir redynamiser la consommation de pommes et poires françaises.

Comment ? En parlant plus clairement des engagements des producteurs, de la saisonnalité, de la diversité des variétés. Mais aussi en montrant que ces fruits restent des produits accessibles, pratiques, bons pour la santé, pour les enfants comme pour les adultes.

Le label “Vergers écoresponsables”, un atout encore trop discret

L’ANPP porte depuis des années le label “Vergers écoresponsables”. Vous l’avez peut-être déjà vu sur des étals, sans toujours en mesurer la portée. Ce signe valorise des vergers engagés dans une démarche environnementale : observation renforcée, réduction des intrants, biodiversité, gestion raisonnée de l’eau.

Pour Thierry Moisy, ce label doit devenir un véritable repère de confiance. L’enjeu est de mieux le faire connaître, d’expliquer ce qu’il garantit, et d’en faire un argument concret au moment du choix, quand vous hésitez entre plusieurs origines ou plusieurs gammes de prix.

Attirer des jeunes dans un métier exigeant… mais passionnant

Un autre défi majeur concerne le renouvellement des générations. Beaucoup de producteurs approchent de la retraite. Pourtant, la reprise des exploitations est loin d’être assurée partout. Le métier fait parfois peur : charges lourdes, climat incertain, revenus aléatoires.

Thierry Moisy, lui, décrit l’arboriculture comme un métier passionnant. Un travail au grand air, un lien direct au vivant, un produit visible et concret. L’ANPP veut donc améliorer l’image du métier, mais aussi œuvrer pour des conditions de travail plus attractives, afin de donner envie aux jeunes de s’installer et de reprendre le flambeau.

Un engagement au service du collectif

Ce qui ressort des premières prises de parole du nouveau président, c’est un fil rouge : la volonté de servir le collectif. Sortir de l’isolement des exploitations, construire des positions communes face aux pouvoirs publics, structurer la communication vers les consommateurs.

En clair, il ne s’agit pas seulement d’ajuster quelques paramètres techniques. L’objectif est de redonner une perspective à une filière entière, du verger jusqu’à votre cuisine. Car derrière chaque pomme posée dans un cartable ou chaque poire coupée pour un dessert, il y a une histoire humaine, un territoire et une économie locale à soutenir.

Et vous, que pouvez-vous faire à votre échelle ?

Cette élection peut sembler lointaine. Pourtant, vos choix d’achat ont un impact direct. Privilégier des pommes et poires françaises, regarder la présence du label “Vergers écoresponsables”, accepter des fruits parfois un peu moins calibrés mais tout aussi bons… tout cela contribue à donner de l’air aux producteurs.

En suivant ces petits gestes, vous soutenez des exploitations familiales comme celle de Saint-Paterne-Racan, vous encouragez une agriculture plus respectueuse de l’environnement, et vous participez, à votre façon, au nouveau chapitre qui s’ouvre avec l’arrivée de Thierry Moisy à la tête de l’ANPP.

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Auteur/autrice

  • Passionnée par la gastronomie, le voyage et l’art de vivre, Sarah Bellanger met son expertise au service des gourmets et curieux. Elle déniche les dernières tendances culinaires, propose des expériences maison authentiques et partage ses découvertes internationales avec précision et convivialité.

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